GCO-1001

LE PARADIGME NARRATIF DE FISCHER

1- Problématique

1- D’après Fischer, on a trop souvent mis l’emphase sur la rationalité dans la communication / dans le sens de la logique scientifique (cf. Mucchielli et le tiers-exclus…)et de la réflexion sur la correspondance des moyens et des objectifs.

  • On est allé jusqu’à définir l’homme comme essentiellement un être de raison qui met de côté ses émotions, sentiments et valeurs pour décider (en commun ou tout seul de la vérité).

2- L’exercice pratique de la raison consiste à articuler des moyens et des objectifs (solutionner un problème) par le biais de la communication avec les autres ou avec soi-même.

  • Résoudre un problème, c’est communiquer.

3- Cette communication rationnelle, de l’avis de Fischer, n’épuise pas la totalité de l’expérience de la communication sociale.

  • Au contraire, on restreint ce sur quoi doivent se baser les décisions et les actions humaines (i.e. la communication) au seul champ de la logique.
  • Et, on ignore les sentiments, les valeurs et l’esthétique. Si on doit tenir compte de ces éléments, la communication serait plus que seulement rationnelle.

4- La communication rationnelle à présupposer que :

a) Les meilleures actions et décisions sont toujours et devraient toujours être fondées sur des échanges rationnels, i.e. des informations qui proviennent d’experts techniques.

b) Que les gens sont rationnels, i.e. ils réfléchissent toujours sur les moyens les plus efficaces (moins de coût / énergie / temps) qui peuvent leur permettre d’atteindre leurs objectifs, sans se laisser dévier par les émotions, valeurs et préférences esthétiques coûteuses.

c) Que les gens prennent des décisions en se basant sur des arguments (des avis / opinions) d’autorité, i.e. sur ce que dit une élite (de technocrates, d’experts, de techniciens) dans une situation donnée (légale, scientifique, législative). Ce qui restreint considérablement la démocratie d’après Fischer car alors, tout le monde ne peut pas avoir droit au chapitre.  La communication ne serait donc pas participative ?

d) La rationalité serait déterminée par la quantité de connaissances et la manière d’argumenter ou de les faire accepter, i.e. le style de communication.

e) Le monde est un puzzle qu’on peut résoudre en se servant des armes de la logique telles que la déduction (on part d’une loi générale pour arriver au cas particulier) ou l’induction (on part des cas particuliers pour arriver à une loi générale).

  • Fischer trouve tout cela limitatif et élitiste (anti-démocratique).
  • Il propose de dire que l’homme n’est pas un animal rationnel mais un animal narratif, i.e. un être dont l’essence est de faire des récits ou de raconter des histoires pour justifier le caractère sensé de ses actes, i. e. donner un sens à ces actions ; un être qui base ses actions et ses décisions sur des récits (qu’en utilisant comme une ressource, il contribue à reproduire).
  • Pour Fischer, les gens sont plus persuadé par une bonne histoire / récit qu’un bon argument. Le bon récit les fait bouger parce que c’est leur essence. (lien avec logos pathos de socio po)

1.1 La structure

1- Le récit est une narration, un compte-rendu verbal ou non-verbal ayant une séquence d’événements auquel on peut attribuer un sens, i.e. qu’on peut interpréter. (cf. le programme narratif en sémiotique).

  • Le récit est une action symbolique, i.e. une suite de paroles ou d’actes ayant un sens pour ceux qui la crée, la vivent ou l’interprète. Il contient presque toujours un coda / une injonction / ordre.

2- La rationalité narrative est un mode d’évaluation de l’importance / la recevabilité des récits basés sur la cohérence narrative et la fidélité (résonance) narrative du récit comme critères universels.

3- La cohérence narrative décrit la consistance (interne) avec laquelle les personnages agissent.

  • C’est le test qui consiste à savoir si l’histoire  » tient « .
  • La cohérence narrative comporte trois aspects :

a) La cohérence structurelle : le degré auquel les éléments de l’histoire ne se contredisent pas.

b) La cohérence matérielle : le degré auquel le récit raconté est congruent avec d’autres récits qui lui sont reliés (ou du même genre ou traitant du même thème ou sujet).

c) La cohérence des personnages : la mesure à laquelle les personnages du récit sont crédibles (believable), i.e. se comportent de façon plus ou moins prévisible par rapport au sens commun / représentation sociale.

4- La fidélité narrative décrit la véracité ou la mesure à laquelle on peut s’y fier pour agir ou pour décider (de sortir avec X ; de quitter X ; d’accepter / refuser une chose …).

  • La fiabilité d’un récit dépend des bonnes raisons qui y sont présentées. Pour cela, le récit doit être raisonnable et se fonder sur des valeurs sous-jacentes au récit et auxquelles celui qui écoute peut s’identifier et, sur cette base (bonnes raisons et identifications aux valeurs) accepter ou rejeter l’injonction / ordre / avis …

1.1.1 La logique des raisons construit l’histoire sur 5 ingrédients ou éléments qui sont donc de bonnes raisons de l’accepter :

  • 1. Les faits affirmés sont-ils vraiment factuels ? Se sont-ils réellement passés ? (factualité).
  • 2. A-t-on omis ou pas des faits ? Les a-t-on distordus ? (distorsion).
  • 3. Quel est le modèle de raisonnement ? (induction / déduction / a fortiori / a posteriori …).
  • 4. Jusqu’à quel point les arguments ou les affirmations sont pertinentes (ont un rapport avec) par rapport à la décision à prendre ou le problème à résoudre.
  • 5. Est-ce que toutes les dimensions du problème / solution sont touchées par l’histoire ? (exhaustive).

1.1.2  Les valeurs sont implicites aux récits qu’elles fondent. Un récit avec une rationalité narrative doit :

  • 1. Posséder des valeurs implicites ou explicites identifiables.
  • 2. Posséder des valeurs appropriées à la décision à prendre et dont parle le récit.
  • 3. Établir les effets (plus ou moins) de l’adhésion aux valeurs du récit.
  • 4. Montrer que ses valeurs sont validées / confirmées par l’expérience vécue (du genre  » tout le monde le fait  » …).
  • 5. Montrer que ces valeurs dans le récit respectent l’idéal humain d’une conduite basée sur: -La vérité – le bon – la beauté – la santé – la sagesse – le courage – la tempérance – la justicel’harmoniel’ordre – la communion l’amitiél’unité spirituelle.

1.2 Le modèle :