GCO-1001

LE CONSTRUCTIVISME DE DELIA

1- Le modèle

  • Notre compétence à faire des messages qui sont efficaces dépend de notre complexité cognitive. Cette complexité cognitive est une métaphore d’un tiroir dans notre tête ou l’on peut accumuler de l’information. Autrement dit, plus notre complexité cognitive est élevée, meilleur seront nos messages.

-La thèse constructiviste (de J. Delia) est à l’effet que les différences individuelles au niveau de la complexité cognitive (Traitement central) affectent l’habileté des personnes-émettrices à adapter leurs messages à des auditoires spécifiques. [Traitement central → utilisation de l’information accédé → production de message].

  • [Les acteurs perçoivent leur environnement à partir de théories d’usage implicites, i.e. des cadres de références / schéma interprétatif (plus ou moins inconscient) / croyances. On peut penser qu’ils font cela avec des algorithmes(les structuro-fonctionnalistes) ou de façon créative en utilisant leur marge de liberté (les interprétativistes).
  • Nous donnons un ordre ou un sens à la réalité perçue à partir des construits personnels / concepts que nous utilisons comme grille pour lire la réalité en question. [il semble que les critères que nous utilisons spontanément pour juger /évaluer les autres soient ces construits personnels. Ce sont des critères bi-dichotomiques que nous utilisons pour classer les gens. Exemple, ouvert / fermé, directif / permissif; compréhensif / intransigeant, etc.: des dimensions bipolaires de jugement).
  • Ces construits personnels ou dimensions bipolaires de jugements peuvent être nombreux et variés (complexe: Travailleur compétent – incompétent / intégré – non intégré / impliqué – non impliqué / persévérant – non persévérant / créatif – non créatif,etc.) plutôt que limités (simples: travailleur battant – perdant).

-Le nombre de dimensions bipolaires qu’un individu peut avoir à sa disposition de façon spontanée quand elle évalue / juge reflète la différenciation cognitive de la personne. C’est un indice de sa complexité cognitive.

  • Les personnes dont la complexité cognitive est élevée (ont spontanément plus de construits interpersonnels / dimensions bipolaires pour évaluer) ont une meilleure communication (au niveau de la construction de messages).

Ils sont capables de concevoir, d’encoder des messages sophistiqués (i.e. personnalisés, centrés sur la personne et dont les détails reflètent la conscience que l’émetteur a des dimensions subjectives, affectives et relationnelles des situations de communication) susceptibles d’atteindre facilement leurs objectifs communicationnels.

  • Un message est d’autant plus sophistiqué que l’émetteur est capable d’anticiper dans son encodage (feed-forward) la manière dont différents individus peuvent répondre / réagir à son message et ajuster en conséquence sa communication (feedback – rétroaction).
  • Un bon message est un message qui reflète la perspective de l’autre (sa situation, son orientation par rapport à celle-ci, son point de vue) et est adapté au récepteur individuel.

On dit d’une personne ayant une telle habileté qu’elle est: 1) rhétoriquement sensible, 2) qu’elle sait jouer le rôle de l’autre, 3) qu’elle sait créer de l’identification, 4) qu’elle a une écoute adaptée. Seuls les individus cognitivement complexes peuvent y arriver; la fatigue, la pression et autres facteurs situationnels peuvent oblitérer cette habileté ou compétence.

  • Le message est centré sur la personne-réceptrice dans la mesure où nos catégories / dimensions bipolaires complexes permettent d’isoler et d’identifier les caractéristiques propres à cette personne (et non à l’ensemble) pour calibrer un message personnalisé (qui fait participer; qui produit de l’engagement / implication / investissement. Cf. théorie du consensus collectif).
  • Un message sophistiqué est fonction de son adaptation à l’auditoire (produisant un message personnalisé) et de sa capacité à atteindre avec succès plusieurs objectifs, sa multi-fonctionnalité).

[ex. qu’est-ce qu’une femme célibataire peut dire à son boss marié quand celui-ci l’invite au restaurant pour discuter affaires et commence à lui faire des avances? Comment le message peut permettre d’arrêter le harcèlement, protéger son poste, garder une bonne relation de travail, préserver l’identité professionnelle et la réputation de la fille? Tout cela dans le même message…!]

  • Une complexité cognitive élevée (mesurée par le nombre de dimensions bipolaires) facilite une logique de conception rhétorique des messages.
  • La conception rhétorique des messages produit une communication sophistiquée.
  • La communication sophistiquée qui produit des messages sophistiqués (personnalisés et multifonctionnels) a un impact sur la détresse émotionnelle, et dans ce cas sur le communicateur.

Au lieu de:

1. Rejeter et nier les pensées et les émotions d’une personne en détresse («t’as pas besoin de pleurer pour ce crosseur, il y a d’autres poissons dans la mer») ou de,

2. Reconnaître seulement ses pensées et émotions («ça me peine aussi de voir que vous avez cassé, c’est dommage que ça arrive ces choses-là!), le communicateur sophistiqué

3. Reconnais les pensées et émotions de l’autre + les expliquent (on les mets en perspective) («je sais que ça doit faire mal, tu as beaucoup de peine et tu dois être fâchée maintenant. C’est correct car vous étiez engagé, vous vous aimiez et vous pensiez pour le long terme»)

  • Ce communicateur sophistiqué est généralement plus apprécié, positivement évalué et s’ en sort généralement mieux (estime de soi) pour soi et pour l’autre.
  • Le communicateur sophistiqué qui produit des messages sophistiqués (personnalisés et multifonctionnels) a un impact sur le maintien d’une relation établie [(il y a déjà eu attraction / ouverture de soi / réduction de l’incertitude) qui demande: 1) affirmation de l’autre, 2) résolution de conflits, 3) reconnaissance et validation des sentiments et émotions de l’autre] si et seulement si l’autre est également un communicateur sophistiqué → la loi de la similarité des compétences. (sinon on risque d’aller chercher à s’épanouir ailleurs pour le sophistiqué et de s’ennuyer pour le rustre).
  • Le communicateur sophistiqué qui produit des messages sophistiqués (personnalisés et multifonctionnalités) continuellement vis-à-vis ses clients et ses collègues a plus de chances de fidéliser les premiers et d’être plus rapidement promu par l’organisation. Car il les connaît (leurs situations, orientations et points de vue), les reconnaît (dans leurs besoins multiples) et les valide (en leur donnant une perspective).