GCO-1001

LE CONSENSUS COLLECTIF DE MOSCOVICI ET DOISE

1- Le modèle du consensus collectif

1.1 Le consesus collectif

1- On est d’autant plus prompt à participer (s’investir dans des échanges réciproques, fréquents et prolongés dans le temps) que le groupe le remarque et le signale par des marques de reconnaissance (de cet engagement, dévouement, performance, etc.).

a) Si personne ne le remarque, ne le dit ou n’en tient compte; si personne nous estime pour cela, c’est comme si nous et nos efforts n’existions pas (ce serait le déni Palo Altien, on est rien ni personne : c’est la pire des choses qui puisse arriver à une personne).

b) C’est le besoin (ou l’attente de) d’être reconnu et inclus dans et par le monde à qui nous sommes attachés (et que nous considérons nous même) qui pousse à participer. La reconnaissance est un produit-résultat qui récompense la participation.

  • La reconnaissance se montre et se dit (c’est un facteur de motivation communicationnel).

2- Il existe deux formes de participation (normalisée VS consensuelle (polarisée)) qui dépendent toutes deux de deux formes de communication : a) la communication passive et, b) la communication active.

a) La communication passive est un système de communication (ensemble de messages interdépendants) formel (avec beaucoup d’écrits), impersonnel dans lequel les thématiques ne touchent pas personnellement (n’implique pas) les acteurs.

  • Les contenus impliquant relèvent des choses qui « vont nous chercher »; telles par exemple mon salaire, ma santé, mes enfants, ma blonde, ma carrière, mes finances, etc.

b) La communication active est un système de communication interactif (bidirectionnel et systémique); informel (avec beaucoup plus de coprésence), personnaliser dans lequel les thématiques touchent personnellement (implique) les acteurs.

  • Les contenus impliquant échangés sont élaborés (plus les propos sont pertinents sur le plan personnel, plus ils sont impliquant. Et plus il y a de l’implication, plus nous avons tendance à élaborer puisque nous sommes experts dans les affaires qui nous concernent, i.e. à évaluer la validité des arguments; donc à remettre en question les prétentions à la validité, à critiquer, etc.).
  • La communication active est ce qu’on appelle aussi discussion, débat, délibération, controverses.

1.2 Définition de la participation

Les échanges réciproques, fréquents et prolongés dans le temps définissent la participation.

1) La participation est normalisée :

  • Lorsque l’accès et l’inclusion à la discussion (ou aux échanges) est contingenté par la place occupée dans la structure.
  • Les différents points de vue sont tamisés pour leur enlever toute aspérité;
  • Les controverses sont réduites;
  • Les débats, quand il y en a, manquent d’ardeur (car dépersonnalisés).

2) La participation est consensuelle :

  • Lorsqu’il n’y a pas d’avantages concédés à la majorité (la quantité et la qualité des interventions) et pas de désavantages infligés à la minorité;
  • Lorsqu’il y a transparence/étalement ou exposition des opinions, des intérêts et des partis pris;
  • Lorsque l’incohérence (des propos) et le désordre (des interventions) dû à l’effervescence interactionnelle ne sont pas inhibés;
  • Lorsqu’il n’y a pas de censure ni d’exclusion.

3) La participation (donc la communication) peut donc favoriser l’inclusion (quand elle est consensuelle).

  • Mais, la participation et/ou l’inclusion ont un impact sur une série de variables psychologiques importantes : a) l’investissement, b) l’implication, c) l’engagement.

a) L’investissement, c’est le temps et les ressources personnelles (expertise, émotions, énergies, connaissances,…) consenties dans la participation.

b) L’implication est un comportement qui témoigne de l’importance des valeurs et normes que des acteurs portent personnellement vis-à-vis d’un problème ou d’un enjeu donné.

c) L’engagement indique le fait que les buts personnels ou les intentions de l’acteur sont reliés à ceux du groupe et de son fonctionnement

4) La communication active met en branle une participation consensuelle (plus inclusive) qui a tendance à aller chercher la personne (à l’impliquer davantage) et de ce fait l’obliger à se dévoiler et à se départir de sa timidité (comportement prudent lorsqu’on est en groupe et qu’on ne sait pas si les autres pensent ou non comme soi; on évite le ridicule et l’exclusion de cette façon). On prend des risques.

  • Cette tendance de la communication active fait en sorte de changer la prudence pour le comportement à risque et d’ouvrir la boîte de Pandore et de : a) multiplier les points de vue, b) d’amplifier à mesure de l’intensité/ardeur/effervescence du débat et, c) radicaliser (prendre le risque d’affirmer avec insistance) ou polariser (i.e. accentuation vers l’extrême des tendances initiales; i.e. les pour ou contre, les valeurs et attitudes de départ) les échanges.
  • La radicalisation des points de vue ou la polarisation est alors le fait d’une interaction symétrique ou schismogenèse caractérisée par des feedbacks positifs (surévalués) qui font emballer le système d’échanges, rompre l’équilibre et aboutir éventuellement à l’innovation (un consensus nouveau / une décision innovante).

5) Comme nous nous sommes immiscés dans la vie des uns et des autres, nous nous sommes impliqués mutuellement, et cela produit une sorte de solidarité affective; une sympathie collective qui prend la forme d’un consensus. [exemple, un étranger, à qui nous racontons nos problèmes, a l’impression, souvent inconsciente, qu’en lui racontant nos problèmes personnels, nous lui faisons confiance. Grâce à la loi de la réciprocité, il aura tendance à nous renvoyer l’ascenseur en nous montrant de la sympathie pour notre cause.] [Le syndrome de Stockholm où des gens aux intérêts contradictoires comme un otage VS le séquestreur développent de la sympathie].

6) Ce consensus affectif va se distribuer aux extrêmes où vont s’agglomérer les points de vue plus ou moins proches / ou les liens affectifs vont se coaliser autour des deux points de vue les plus extrêmes. Contrairement au point de départ, on est maintenant capable (comme la foule) de prendre des risques (est-ce à cause de la responsabilité diffuse qu’autorise les coalitions ?).