GCO-1001
L’AGIR COMMUNICATIONNEL D’HABERMAS

1- La théorie de l’agir communicationnel de Jurgen Habermas

1.1 Éléments théoriques

1- La communication est l’activité élémentaire par laquelle les participants sont capables de se mettre spontanément d’accord sur un projet d’action commune (exemple : aller au cinéma) ou une réalité partagée (l’amour des montagnes enneigées).

  • La communication est ce qui se produit quand deux personnes ou plus parlent de quelque chose sans qu’aucune d’elles ne conteste la validité ou le bien-fondé des affirmations/des propositions explicites et / ou implicites faites par les unes et les autres.

2- L’agir communicationnel est une forme d’action dans laquelle le locuteur utilise des actes de langage où sont enchâssés des prétentions à la validité pouvant être critiquées (remises en question loyalement).

3- Un acte de langage est un contenu propositionnel qu’on émet avec un but ou une force (d’affirmer; de promettre; de dire; de déclarer; d’exprimer).

  • L’acte de langage est tripartite : il informe/locution; il agit/illocution ou fait quelque chose (exemple : dire des remerciements montre notre appréciation); et de ce fait peut provoquer des effets/perlocution (exemple : suite à mes remerciements qui ont rendu publique et manifeste mon appréciation, l’auditeur me trouve polie et m’aime davantage).
  • Un acte de langage est compris quand l’auditeur sait ce qui le rend acceptable ou reconnaissable comme vraie, légitime et véridique.

4- L’intercompréhension est le produit de la communication; il révèle le fait qu’au moins deux personnes capables de parler et d’agir (il y a plusieurs façons de léser cette capacité…) comprennent identiquement une offre d’acte de langage. On se sert donc d’actes de langage pour parvenir, peut-être après négociation, à une compréhension identique (on donne la même signification dénotative et connotative à ce qui est dit). L’intercompréhension est sanctionnée par une entente ou un accord implicite ou explicite. Elle permet donc la reproduction du lien social.

5- Les prétentions à la validité sont des représentations qu’on affirme en appui plus ou moins explicitement/implicitement chaque fois qu’on offre un acte de langage (quand on dit quelque chose).

  • Quand le lien social est brisé, il faut impérativement les expliciter afin de négocier l’offre et pouvoir arriver à une nouvelle entente (reconstruire le lien social).
  • Les prétentions à la validité sont critiquables. Ce qui veut dire qu’on peut les accepter ou les rejeter. À moins d’un problème, dans la vie quotidienne nous les acceptons souvent implicitement.
  • Quand des prétentions sont acceptées, c’est que l’auditeur a compris l’acte de parole ou de langage dans lequel elles sont enchâssées. Il y a accord.
  • Quand des prétentions sont rejetées, c’est que l’auditeur n’a pas compris l’acte de langage. Il y a désaccord. S’il l’a compris, mais qu’il le rejette tout de même, c’est que l’auditeur poursuit des objectifs stratégiques (donc inavouable, ou autrement, il devrait arriver à l’entente).

6- Un consensus est un accord sans réserve, tandis qu’un compromis est un accord dans lequel on participe avec des conditions.

7- L’engagement est un lien illocutoire dans lequel je lie mes actions futures à celles de mon auditeur [exemple : Dans « je viendrai demain », je fais la promesse (illocution) d’agir en sorte de me retrouver, à un moment fixé ultérieur, dans ta présence (action future). Dans « mon programme est meilleur », je fais l’affirmation (illocution) implicite de prouver, si besoin est par la suite, qu’à comparer à tous les autres programmes (lesquels?) que le mien est plus ceci ou cela (action future)].

  • L’obligation est le devoir que nous nous sommes donné, par le fait de communiquer, d’honorer ou d’assumer les engagements illocutoires que nous avons contractés dans nos actes de langage (ou dans le discours).
  • Le fait d’éviter de s’engager (par l’ambiguïté par exemple) ou de ne pas honorer ses engagements est l’indice d’une action ou d’une activité stratégique.

8- La discussion est un échange d’arguments (d’autres actes de langage) qui intervient lorsque la communication (au sens strict d’intercompréhension) est interrompue par le rejet d’une offre de langage, i.e. le désaccord, le conflit ou le différend. La discussion tend à restaurer la communication au sens strict.

9- La communication stratégique est le processus par lequel on aboutit à un faux accord/consensus tronqué ou imposé par :

  • La manipulation consciente de l’information (on exagère des bouts; on minimise d’autres éléments; on supprime des éléments; on cache des éléments ou des intentions; on rajoute des éléments non pertinents… etc) ou,
  • La distorsion/déformation systématique où les acteurs ne sont pas conscients/refusent de prendre conscience qu’ils biaisent la communication en fonction des intérêts égoïstes de classe ou de statuts.

10- Le pouvoir est la capacité légitime (autorité) ou illégitime de faire faire quelque chose à autrui par le biais de l’argent, de la force physique ou de la force symbolique (par exemple : différentiel de connaissances; contrôle/monopole des symboles comme expert; contrôle de la communication à travers les rôles de gatekeeper /sentinelle; par le biais de l’agenda-setting et de la spirale du silence; la restriction de la rétroaction ou du feedback dans les échanges pour ne pas s’ajuster à l’autre ou de garder autrui dans le rôle de « l’obligé », i.e. celui qui a reçu, mais qui n’a pas la possibilité de rendre).

  • La dynamique de la communication produit du pouvoir. Et ce pouvoir peut être utilisé pour forcer un faux-accord, un lien social factice

 

1.2 Problématisation

1- L’action sociale (comportement orienté vers autrui) ou ce que les gens font les uns par rapport aux autres ne se limite pas à une prise en compte (représentation) objective du monde dans lequel ils interviennent.

  • L’action sociale tient compte aussi des normes, des sentiments tout comme des intérêts. Souvent, ces éléments agissent en concert dans l’action. L’action sociale n’est pas unidimensionnelle.

2- Les conflits entre les groupes dans la société (désaccords profonds) ne sont pas seulement causés par des différences d’intérêts ou de buts poursuivis. Ils ne se résolvent pas seulement alors par le biais de rapports de force ou de pouvoir où les uns tenteraient de prendre le pouvoir pour s’assurer de la prééminence de leurs intérêts. La lutte de pouvoir perpétuelle peut être substituée par des actions plus émancipatrices et progressistes résultant d’ententes/accords réels.

3- Le lien social et la société qu’il permet de constituer ne se limite pas à une addition d’intérêts similaires qui s’agrégerait en groupe contre les autres et dans l’intérêt de ses membres : la guerre des cliques. L’action stratégique n’est pas le seul mode ni le mode privilégié de la constitution du lien social (sociologie marxienne; sociologie politique,etc)

4- L’activité ou la pratique communicationnelle recèle d’un potentiel d’émancipation qui peut faire progresser les antagonismes vers une société plus libre. Il faut seulement permettre la libération de ce potentiel.

5- L’action n’est pas seulement liée à la connaissance objective/experte ou scientifique. Dans la mesure où elle doit réussir et qu’elle implique le langage et d’autres sujets, l’action est liée à la connaissance sociale et située (savoir d’arrière-plan qui permet de faire des inférences et qui n’est possible, ne se révèle que dans la communication).

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